Le viol : quelle définition ? quelles conséquences? quoi faire ?
TW : violences sexuelles – viol
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Le mot viol fait peur, il blesse, il choque. Et pourtant, c’est essentiel de pouvoir le définir clairement, pour que tu puisses comprendre ce que tu as vécu, ou soutenir quelqu’un qui compte pour toi.
Parler de viol, ce n’est jamais facile.
Mais mettre des mots simples peut aider à retrouver un peu de clarté, après parfois beaucoup de confusion.
Définition
Le viol, c’est un acte sexuel imposé sans consentement, avec pénétration ou contact bucco-génital ou bucco-anal.
Il n’y a pas besoin de violence physique pour qu’il y ait viol. Il n’y a pas besoin que que la victime crie, se débatte, ou dise “non” à voix haute. Le viol, c’est un acte imposé, alors que ton corps, ton cœur ou ton esprit n’étaient pas d’accord.
Concrètement, on parle de :
une pénétration imposée
un acte sexuel forcé alors que la victime est figée, tétanisée ou sidérée
un rapport imposé pendant que la victime dort, est inconsciente ou vulnérable
une pénétration obtenue par menace, chantage, pression ou manipulation
un acte “accepté” par peur des conséquences en cas de refus
Ce n’est pas la “violence visible” qui définit le viol. C’est l’absence de consentement.
Ce que dit la loi
Pour le dire de façon simple, la loi considère un viol lorsqu’il y a, sans consentement (par violence, contrainte, menace ou surprise) :
un acte sexuel avec pénétration (vaginale, annale ou buccale) avec une partie du corps ou un objet
un acte bucco-génital ou bucco-anal,
que ces actes soient commis sur la personne d'autrui (par l’auteur sur la victime) ou sur la personne de l'auteur (par la victime sur le corps de l’auteur)
L’absence de consentement a été intégrée dans la définition du viol et de l’agression sexuelle.
La loi votée le 6 novembre 2025 définit :
que le consentement doit être libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable
que le consentement d’une personne ne peut pas être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime.
qu’il n'y a pas de consentement si l'acte à caractère sexuel est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature.
Ce n’est pas à toi de “prouver que tu t’es débattue”. La question essentielle est : as-tu voulu ce qui s’est passé ?
Les conséquences possibles d’un viol
Les idées reçues qui culpabilisent (et qui sont fausses)
“Si je n’ai pas crié, ce n’est pas un viol.” → Faux.
“Si je connaissais l’agresseur, ce n’est pas pareil.” → Faux.
“Si c’est mon mari ou mon petit ami, c’est normal d’accepter même si je n’ai pas de désir” → Faux.
“Si mon corps a réagi physiquement, c’est que j’étais d’accord.” → Faux : le corps peut réagir automatiquement, sans désir.
“Si je suis restée sans bouger, c’est que je l’ai laissé faire.” → Faux : c’est la sidération.
Tu as le droit de poser un mot juste sur ce qui s’est passé, d’être crue, d’être soutenue.
Pourquoi tu n’as peut-être pas pu réagir ?
Lors d’un viol, ton corps, via le système nerveux, peut déclencher des mécanismes automatiques de protection pour garantir la survie, comme :
le figement (réaction physiologique, qui est une réponse de survie automatique, qui bloque le corps et déclenche une incapacité à bouger et parler)
la sidération (réaction psychique / cognitive où l’esprit se met en pause ce qui déclenche une incapacité à comprendre, décider, réagir et altère la pensée)
la dissociation (être là sans être vraiment là, se sentir loin de son corps)
la soumission automatique ou obéissance réflexe (répondre mécaniquement sans être présente)
de l’hypervigilance (tout analyser, tout anticiper)
Ces réactions sont fréquentes et sont les conséquences, directes et inconscientes, des faits que tu as subi. Elles ne disent rien de toi, de ton courage, de ta force ou de ta valeur. Elles parlent seulement de ton corps qui a tenté de te protéger.
Les traces que cela peut laisser
Un viol peut déclencher des bouleversements à court, moyen ou long terme dans :
ton rapport à toi-même
ta relation à ton corps et ton quotidien : fatigue, anxiété, tensions, douleurs, insomnies, hypervigilance
ta sexualité : il peut y avoir par exemple rejet de la sexualité (hypo-sexualité) ou une consommation accrue de celle-ci (hyper-sexualité)
ta confiance dans les autres : peur, méfiance, difficultés à faire confiance
tes émotions et ressentir par exemple de la honte, de la colère, de la tristesse, de la confusion, …
ta capacité à te sentir en sécurité
ta mémoire : avec une amnésie totale ou partielle des faits (trous, souvenirs flous) ou alors une mémoire traumatique qui se déclenche et provoque des flashs, une impression de “revivre” la scène, …
Tout cela est “normal” après ce que tu as vécu. Il n’y a pas de “bonne” ou de “mauvaise” manière de réagir. Ces réactions ne signifient pas que tu es “cassée”. Elles montrent l’importance de ce que tu as traversé.
Tu mérites d’être accompagnée avec douceur
Le viol ne te définit pas. Ce n’est pas toi le problème. Tu n’es pas responsable de ce qui s’est passé.
Peu importe le temps que cela prendra, tu as le droit de retrouver un sentiment de sécurité, de comprendre tes réactions, de réhabiter ton corps à ton rythme.
Ne reste pas seule
Mettre des mots sur ce que tu as vécu et sur les conséquences n’efface pas ce qui s’est passé, mais cela peut être une première étape pour comprendre ton vécu, apaiser ton corps, et retrouver un sentiment de sécurité.
Tu as le droit d’être accompagnée, soutenue, écoutée, tout cela à ton rythme.
Pour cela tu peux (liste non exhaustive) :
faire appel à des association d’aide aux victimes
participer à des groupes de paroles
te faire accompagner par des professionnels formés à l’accompagnement et la prise en charge des psycho-traumas
Si tu le souhaites, tu peux faire les démarches suivantes :
Si cela est survenu dans les transports publics, signaler les faits à la compagnie de transport par téléphone (au 31 17), par sms (au 31 177) ou via l’application « Alerte 3117 »
Alerter le Samu (en appelant le 15), la police ou la gendarmerie (en appelant le 17 ou 112 ou en utilisant le tchat police)
Faire appel à une structure d'aide aux victimes (Violences femme info au 3919, Service d’aide aux victimes au 116 006)
Consulter le site Parcours-Victimes pour avoir connaissance des structures qui peuvent venir en aide aux victimes de violences sexuelles
Porter plainte :
si tu était majeure au moment des faits : jusqu’à 20 ans après les faits selon la loi applicable à ce jour
si tu était mineure au moment des faits : jusqu’à 30 ans après ta majorité selon la loi applicable à ce jour
Attention : les délais de prescription applicables à chaque cas peuvent varier. En effet, ils dépendent de la date à laquelle les faits ont eu lieu, car la loi a évolué au fil du temps et celle-ci s’applique différemment selon les périodes. Les délais de prescription de la loi actuelle s’appliquent si les faits n’ont pas été prescrits précédemment par une ancienne loi en vigueur. La notion de prescription glissante peut également intervenir dans le délai de prescription applicable. Il peut être recommandé de solliciter le conseil d’un juriste pour connaitre le délai de prescription applicable, par exemple en s’adressant à une associations d’aide aux victimes.
Remarque : les réactions et conséquences présentés dans ce billet de blog sont couramment rencontrés chez les personnes ayant vécu un viol mais il s’agit d’une liste non exhaustive et non stricte qui n’a pas pour objectif d’établir un diagnostic. Un professionnel formé à la prise en charge des psycho-traumas pourra t’aider à y voir plus clair sur ces points si tu en ressens le besoin.